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1ère mise en ligne le 12 Aout 2009.

Dernière mise à jour du site le 28 Juin 2013 à 18h58 .

 

 

RENAUT Luc, Les tatouages d'Ötzi et la petite chirurgie traditionnelle

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Revue : L'Anthropologie.

Numéro : 108-1.

Date de parution : 2004.

Nombre de pages : 36 (p.69 à 105).

 

Résumé de l'article par l'auteur :

Ötzi est un homme du Néolithique final dont le corps momifié a été retrouvé en 1991 dans un glacier de l'Ötztal à la frontière de l'Italie et de l'Autriche. De son vivant, Ötzi a été tatoué à plusieurs reprises sur la face postérieure des jambes, autour de la cheville droite et à proximité du rachis lombaire (au total, 13 groupes de traits verticaux et 2 croix). Le bénéfice escompté était très probablement d'ordre thérapeutique et/ou prophylactique. Deux hypothèses sont rejetées après examen :

a) Luigi Capasso affirme que les tatouages d'Ötzi ont été obtenus après incision de l'épiderme en brûlant au fer rouge des herbes médicinales à l'intérieur même de la plaie. C'est en enfermant les cendres que cette plaie, une fois cicatrisée, aurait laissé sur la peau une sorte de tatouage. Luigi Capasso prétend que cette technique était utilisée au XIXe siècle par les guérisseurs traditionnels tibétains. Mais il se réfère à un procédé dont il n'a pas bien saisi la véritable nature : la cautérisation tibétaine en question était en réalité indirecte (les herbes n'étaient pas mises en contact avec la peau) et ne laissait aucune trace.

b) C'est à grand renfort de publicité (articles courts dans Science et The Lancet relayés par la presse généraliste européenne) que Leopold Dorfer et son équipe ont tenté d'enrôler Ötzi dans une entreprise de légitimation de la médecine traditionnelle chinoise, en constatant que neuf groupes de traits tatoués sur quinze se trouvaient à moins de 6 mm de points d'acupuncture. Ces coïncidences s'avèrent pourtant dépourvues de toute signification statistique au regard des 670 points utilisés en médecine chinoise. Des travaux récents montrent en outre que la topographie des points d'acupunture n'était pas encore fixée en Chine au IIe siècle avant notre ère.

Les interventions de petite chirurgie (puncture, scarifications, tatouage, cautérisation) sont courantes dans les médecines anciennes et traditionnelles. Elles sont le plus souvent appliquées loco dolenti, sur le siège de la douleur (tatouage thérapeutique du pourtour méditerranéen, des tribus bédouines et indiennes). Les médecins agissent parfois en fonction d'un réseau anatomique présumé pour faciliter, détourner ou bloquer la circulation de fluides jugés nuisibles ou bienfaisants (moxibustion et acupuncture chinoises, perforations arctiques, cautérisations libyennes, grecques, arabes ou indiennes). La topographie de ces interventions n'est pas dictée par l'efficacité clinique -- cette efficacité est généralement nulle, si l'on excepte le bénéfice psychologique -- mais par des représentations culturelles variables selon les lieux et les époques. Lorsque les circonstances s'y prêtent (organisation étatique puissante, écriture, formalisation et systématisation des connaissances), une méthode spécifique peut faire consensus et enraciner durablement ses représentations dans une culture, voire les exporter dans une autre (médecine grecque, médecine chinoise).

Les médecines lettrées (greco-romaine, chinoise, arabo-musulmane) ont, autant que possible, privilégié les interventions non-mutilantes (scarifications, punctures et cautérisations superficielles). Cette attitude leur a été dictée par une esthétique du corps non modifié devenue la norme dans leurs cultures. Le tatouage thérapeutique, indélébile, est incompatible avec cette norme esthétique. On ne le rencontre d'ailleurs que dans des cultures où le tatouage est déjà valorisé comme parure. Ötzi ne vivait pas très loin des régions danubo-balkaniques où règnait à l'époque classique une puissante tradition de tatouage féminin (Illyrie, Thrace). Cette tradition était peut-être déjà vivante à l'époque d'Ötzi, qui aurait donc appartenu à une culture où le tatouage thérapeutique était paritaire, mais où le tatouage couvrant et ornemental était réservé aux femmes.

 

 

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