La Médecine dans l'Antiquité

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1ère mise en ligne le 12 Aout 2009.

Dernière mise à jour du site le 28 Juin 2013 à 18h58 .

 

 

Conditions de l'exercice à Rome

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Conditions socio-économiques du médecin - Sa rémunération - Les privilèges, récompenses et honneurs - Pathologie et urbanisation

Celse considère que les citadins (urbani) constituent une catégorie à risques, plus exposée que d'autres aux accidents de santé . Dans leur vie quotidienne, ils doivent donc veiller à suivre un certain nombre de prescriptions destinées à compenser ou à corriger ce que leur régime de vie, soumis aux conditions particulières de la vie citadine, peut avoir de mauvais pour la santé. Nous assistons avec Celse à l'émergence d'un concept nouveau de la littérature médicale antique. Le fait d'habiter en ville comporte nécessairement des incidences sur la santé : avant lui, cette notion est totalement inconnue. D'ailleurs, même après Celse, les ouvrages médicaux restent muets à ce sujet. Cette perception de l'espace urbain en tant qu'entité pathogène semble être un phénomène essentiellement romain. Il peut être mis en relation avec cette sorte de " mal être " général engendré par ce que nous appelons aujourd'hui les nuisances de la vie urbaine, en particulier dans les agglomérations les plus grandes : bruit, confusion, anxiété, rythme de vie trépidant, sentiment d'insécurité, perte d'identité… Tout ceci contribue à créer un genre de vie malsain et " stressant ". Pour l'époque impériale, la littérature satirique et épistolaire nous offre de nombreux témoignages de ce sentiment nouveau qui perçoit la grande ville comme une ennemie de l'homme.
Celse, qui reprend la bipartition des individus héritée de la diététique grecque , consacre une infime partie de son livre aux individus robustes et libres d'obligations, ne leur dédiant que quelques lignes au début. Cela se limite à certaines règles relatives à la fréquence du coït et au meilleur moment pour s'y adonner, mais aussi à la règle d'or à observer dans l'organisation de la journée et de la vie en général : c'est la variété, varier les lieux de séjour, les occupations, alterner les bains chauds et les bains froids, les repas abondants et les repas simples… La seconde catégorie, celle des imbecilli, les individus délicats, se voit donc consacrer la quasi-totalité de son livre. Il ne s'agit plus là d'une organisation méthodique de la journée, mais d'un ensemble de prescriptions touchant le mode de vie dans son sens large : aliments, boissons, exercices physiques, habitations, … Le tout est modulé en fonction des constitutions individuelles, de l'âge, des saisons et des types de faiblesses (tendances aux maux de têtes, douleurs articulaires…) propres à chacun. Il s'agit d'une grande partie des citadins, mais Celse y inclut les intellectuels. Dans sa préface, il mentionne déjà cette grande fragilité physique des intellectuels : leur activité est faite de réflexion incessante et de veille nocturne, Celse la qualifie de mauvaise pour la santé.
En ce qui concerne la seconde composante de sa catégorie à risques, c'est la ville en tant que telle qui est considérée comme facteur pathogène, indépendamment de tout facteur géographique ou climatique. Le citadin doit prendre davantage de précautions que d'autres s'il veut se garder en bonne santé. Ces citadins ne sont pas des personnes libres de toute contraintes, ils sont engagés, dans leur vie publique ou privée, dans une série de tâches qui occupent leurs journées. Ils doivent se ménager un peu de temps pour s'occuper de leur corps et de leur santé . Ce sont des gens souvent fatigués qui, à cause de leurs obligations, ne peuvent pas toujours observer les règles de vie qui leur seraient bénéfiques. Celse ne développe pas sur les facteurs particuliers à la vie en ville qui pourraient provoquer cette fragilité physique, son propos s'arrête à un constat de fait : le citadin appartient à la catégorie des gens à santé délicate. Il faut y voir deux éléments : la réalité pratique et quotidienne de la vie dans l'Urbs, le bruit, la pollution, mais aussi un élément subjectif, opposant la vie saine, physiquement et moralement, du campagnard, à celle du citadin de Rome, amolli et décadent aussi bien dans son corps que dans ses mœurs.
Au premier rang des nuisances de la ville se trouve le bruit. Les plaintes sur le vacarme incessant qui emplit Rome reviennent constamment sous la plume des auteurs. Juvénal évoque les raisons qui poussent un de ses amis à quitter définitivement Rome : parmi elle, le vacarme perpétuel qui l'empêche de dormir . Martial et Sénèque énumèrent les sources de bruit, circulation des chars dans les rues étroites, hurlements des conducteurs, rixes d'ivrognes, appels des marchands ambulants, activités des divers artisans, dont les boulangers qui travaillent la nuit. Le riche peut trouver un peu de tranquillité dans ses jardins, mais le citoyen modeste supporte de nombreuses insomnies. Après Juvénal, ce sont Martial et Pline le Jeune qui appellent à quitter ce vacarme .
La pollution de l'air est une autre des sources de mal-être du citadin romain. Sénèque fuit précipitamment Rome, " à cause de la fièvre ", pour se réfugier à la campagne . Il y ressent vite un changement dans son état de santé. Il nous livre le premier témoignage d'une relation de cause à effet entre la pollution de l'air et une dégradation de la santé : des émanations nocives empestent l'air de Rome . Frontin, responsable du service des eaux de la ville (curator aquarum) à la fin du Ier s. ap. JC, met en évidence un autre facteur responsable de l'air malsain de Rome : les miasmes qui se dégagent des eaux d'écoulement, des eaux usées, non ou mal canalisées. Sous Nerva, il fait construire des châteaux d'eau, des canalisations, es fontaines publiques et des bassins. Il en résulte " des rues à l'aspect propre et une atmosphère plus pure " . En dehors de ces eaux usées, l'eau distribuée dans la ville par des conduites de plomb est réputée nocive. Horace déjà considérait que l'eau y était moins pure qu'à la campagne . Vitruve exprime ce danger dans un constat objectif , loin de tout topos littéraire. Il préconise des conduites en poterie et constate la nocivité du plomb dans la maladie des plombiers ayant respiré les vapeurs du plomb en fusion. Ce jugement négatif est partagé par Columelle qui, sans mentionner le plomb, signale que les eaux amenées par des conduites en terre cuite sont très bonnes . Galien ne reprend pas cette méfiance, admirant la qualité du système d'adduction des eaux pourvoyant aux besoins de Rome. Il s'extasie devant le nombre et la beauté des fontaines, qui dispensent une eau de qualité. Manifestement, le plomb ne constitue pas pour lui un sujet d'inquiétude.
Au bruit, à l'air et à l'eau s'ajoute un élément supplémentaire auquel le citadin attribue une influence néfaste sur sa santé : les mille obligations quotidiennes qui imposent de courir d'un lieu à l'autre, d'une personne à l'autre. Avec le bruit, ce " stress " permanent est l'inconvénient propre à la vie à Rome qui revient le plus souvent sous la plume des auteurs. Prenons le témoignage de Pline le Jeune dans sa correspondance : dans sa retraite campagnarde, il s'efforce de mener la vie saine qui lui est interdite à Rome. Il affirme s'y porter mieux, aussi bien dans son âme que dans son corps. De plus l'absence de ces obligations qui l'accablent à Rome lui permet d'accorder du temps à son corps et à sa santé. Dans ses propos, il rejoint Sénèque, vu plus haut : la bonne santé physique est pour eux une condition nécessaire à l'activité intellectuelle. Ils fournissent tous deux un élément important dans la constitution de l'idéologie romaine de l'otium à la campagne. Cette perception de la ville s'enracine dans ce qui est devenu à Rome un lieu commun de la réflexion historique et morale : l'exaltation de la vie aux champs, génératrice de vigueur physique et de vertu morale. Cette exaltation est aussi celle du passé dans lequel le Romain vivait aux champs, occupé à des travaux comme la chasse ou l'agriculture, qui façonnaient des hommes robustes. Mais, comme le note Columelle , luxe et mollesse sont devenus la règle de vie des citadins, avec pour conséquence une détérioration grave de leur santé, puisque la maladie suit nécessairement un genre de vie si relâché. Si les fatigues du citoyen d'antan endurcissaient le corps, celles du citadin du Haut-Empire l'affaiblissent et l'épuisent.
Quelle que soit la réalité des nuisances qui pèsent sur la vie du citadin, il parait évident que cette " pollution " de la grande ville relève autant, sinon plus, de la sensibilité que de la sensation objective. L'idéologie nationale de la vie rude et saine d'autrefois y joue un rôle. Cela explique que des étrangers comme Galien n'aient pas été sensibles à ces aspects de la vie urbaine.

 

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