La Médecine dans l'Antiquité

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1ère mise en ligne le 12 Aout 2009.

Dernière mise à jour du site le 28 Juin 2013 à 18h58 .

 

 

Conditions de l'exercice à Rome

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Conditions socio-économiques du médecin - Sa rémunération - Les privilèges, récompenses et honneurs - Pathologie et urbanisation

Il n'y a pas de " corps médical " socialement et juridiquement homogène . Il existe 4 niveaux juridiques, attestés par l'historiographie et l'épigraphie : les ingenui (nés libres), les étrangers " intégrés à la cité ", les pérégrins (étrangers en résidence) et les " esclaves médecins ", qui ont vocation à être affranchis. La médecine " familiale " crée des liens privilégiés, il est donc évident que l'esclave médecin peut être le bénéficiaire d'un processus qui mène de l'esclavage à la liberté, et peut exceptionnellement parvenir à l'ordre équestre.
Les médecins orientaux peuvent posséder la citoyenneté à titre personnel et latiniser leur nom : Xénophon, médecin de Claude, prend le nom de Caius Stertinius Xénophon.
L'intégration totale, avec les 3 noms, est sans doute l'aspiration majeure, et il ne faut pas exagérer le phénomène inverse, une " grécisation ", malgré le plaidoyer de Pline . A partir d'Auguste, les médecins princiers réalisent l'intégration, voire la promotion équestre. Ce n'est pas le cas des scholarques des " sectes ", qui restent souvent pérégrins : citons Asclépiade de Bithynie, qui est pourtant " médecin et ami " du consul Lucinius Crassus.
Les " esclaves-médecins " sont présents dans les grandes familles sous la République. Ce sont les medici domestici et familiares, distincts du valet de chambre (cubicularius) avec lequel ils coopèrent. Ils sont acquis pour leur compétence. Les grandes maisons peuvent avoir un " maître médecin " de statut servile, lorsqu'elles possèdent un grand nombre de médecins. Dans la famille impériale, il faut parler de " décurion des médecins ". L'esclave-médecin a souvent été formé aux frais du pater familias, qui lui fait payer cher son affranchissement.
Cet affranchissement de l'esclave-médecin peut poser problème. Ils sont souvent jeunes et meurent jeunes. Mais le code augustéen interdit un affranchissement trop facile, dans la Lex Aelia et Fufia : pas avant l'âge de 30 ans. Il est aussi évident que l'intérêt des maîtres n'est pas d'affranchir trop tôt un esclave compétent, voire rentable. Se pose enfin le problème des affranchis testamentaires : l'esclave-médecin ne peut-il pas être tenté ?
Quoi qu'il en soit, Rome s'accommode très bien de cette mosaïque de statuts qui ne sont pas figés. Evidemment, la plus grande mobilité sociale s'observe chez les médecins des princes, archiatres du palais ou non : ce seront un Antonius Musa sous Auguste, un Cassius ou un Chariclès sous Tibère, un Xénophon sous Claude, un Andromachos sous Néron, un L. Arruntius Sempronius sous Domitien, ou encore un Galien sous Marc-Aurèle. Ils sont souvent disciples d'une secte, empirique ou méthodique, et leur exercice de la médecine est inséparable des intrigues de cour et des combinaisons dynastiques.
Les conditions économiques à l'exercice de la médecine sont aussi variables que les conditions sociales. Pline nous montre des exemples de célébrité liée à l'autopublicité et à la mise en scène, à travers le cas de Thessalos, contemporain de Néron, qui réfute toutes les doctrines de ses prédécesseurs. Dans son inscription funéraire sur la via Appia, il se déclare " vainqueur des médecins " . Il se fait accompagner partout par un grand cortège d'admirateurs : cela fait croire à son importance sociale, à un grand nombre d'élèves, et surtout à d'importants revenus. Pline attribue sa réussite moins à l'innovation qu'à la crédulité de la clientèle. Crinas et Charmis , tous deux de l'école de Marseille, sont de très bons exemples de cette tendance. Tandis que le premier, pour paraitre religieux, règle sa diététique sur l'astronomie, le second condamne leurs glorieux prédécesseurs et persuade ses clients de prendre des bains froids, même en hiver. Mort sous Vespasien, Crinas a laissé 10 millions de sesterces (rappelons que le cens de l'ordre sénatorial, depuis Auguste, est fixé à 1 million) ; soucieux d'évergétisme, surement dans un but publicitaire, " il a dépensé à peine moins à construire les murs de sa ville natale et à fortifier d'autres cités ". A Marseille, un des murs qu'il a financé, et qui a en partie été retrouvé, porte aujourd'hui son nom . Son compatriote, pour reprendre les mots de Pline, "fit invasion dans Rome " : ses revenus ont dû être plus que confortables.
Le cas des médecins de cour se passe de commentaires. Antonius Musa , qui a sauvé Auguste en 23 av. JC d'une grave maladie, obtient le rang équestre : il doit donc posséder un cens de plus de 400000 sesterces, acquis certainement par le cumul des rémunérations du prince et des honoraires de son exercice privé. Rien ne nous prouve qu'Auguste ait pu interférer en complétant son cens, il semble donc ne le devoir qu'à l'exercice de son art.
Le cas du médecin de Claude, Xénophon, est célèbre. Originaire de l'île de Cos, berceau de la médecine, latinisé avec le gentilice de Stertinius, il est honoré de statues et d'inscriptions laudatives. Au service de Claude, il semble toucher 500000 sesterces . Son frère, Quintus, se vante d'avoir une clientèle romaine rapportant 600000 sesterces. A eux deux, ils laissent un héritage de 30 millions de sesterces.
Pline nous cite enfin une succession de médecins dont les maisons princières du début du Haut-Empire se sont attaché les services, moyennant un salaire (mercedes) de 250000 sesterces : Cassius, Carpetanus, Arruntius, Rubrius . Nous ne savons rien de plus sur eux.
Tout ceci est un catalogue de chiffres extrêmes, témoignant d'un arrivisme et d'une cupidité qui ont pu porter leurs fruits, en suivant la logique de Pline. La plupart des médecins ne connaissent pas ce traitement, malgré ce que peut dire Sénèque au sujet d'une ville où la compétence et le vice peuvent percer facilement : il dénonce les médecins avides qui, pour se faire un nom, aggravent les souffrances de leurs patients, pour avoir ensuite un plus grand honneur à les soigner . Ce manque de morale est abordé plus loin.
Après avoir vu des cas particuliers de médecins fortement enrichis, il semble évident d'aborder le thème de la rémunération du praticien romain.

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